Toute ressemblance avec l’affaire du racolage passif serait purement fortuite.

Ne nous voilons pas la face: en matière de politique publique, ce n’est pas l’intention qui compte, ce sont les résultats.

Eh bien quid justement des intentions en jeu dans l’affaire du burkini, et des résultats probables?

Je vois grosso modo 3 profils majeurs pour nos bien-intentionnés amis anti-burkini:

  • L’électeur d’une droite même plus taxée d’extrême, plutôt catholique, qui ne supporte pas de voir l’Islam non séculaire gagner du terrain en France (et ailleurs) alors que le catholicisme et la France d’antan n’en finissent plus d’agoniser. Il oscille entre “les bougnoules dehors, ici on est chez nous” et “on veut bien vous tolérer, mais vous pourriez quand même faire mieux semblant d’être comme nous”.
  • L’électeur de la gauche humaniste, soucieux de protéger les femmes de leurs bourreaux de maris rétrogrades, et d’elles-mêmes s’il le faut. Selon lui, “tant pis si certaines disent aimer le peu de liberté que leur apporte le burkini, elles ne savent pas ce qu’elles disent ou elles récitent ce que leur dictent leur maris, de toute façon”.
  • L’électeur athéiste et anticlérical, plutôt communiste 2.0, qui pensait s’être enfin débarrassé des religions (des superstitions anachroniques et antiégalitaires - machistes, homophobes…) qui ont ravagé tant de générations. Il se dit que finalement, mieux vaut rogner quelques libertés (de culte) comme en Chine que de risquer une régression intégriste (“s’ils ont réussi à éradiquer les religions, pourquoi pas nous?”).

La conjoncture estivale, tragiquement post-attentatoire, a fait naître une union nationale entre ces alliés habituellement improbables. On comprend les uns, on reproduit les mesures des autres, bref, pas un pet de travers: au nom de ses racines chrétiennes, de la laïcité et du bon sens républicain, la France stoppera le burkini, cette fois-ci sensiblement plus au Sud qu’à Poitiers.

Seulement voilà, les buts atteints ne seront pas ceux visés:

  • Les Français mulsulmans resteront français, et euh, vraisemblablement musulmans.
  • Les maris intégristes et/ou abusifs ne vont pas mettre la pédale douce,
  • Les femmes voilées n’auront plus le droit d’aller à la plage (elles n’auront qu’à retourner chez elles, c’est à dire en France, mais dans leurs maisons, littéralement).
  • Les élus opportunistes exciteront leurs troupes en proposant toujours plus de discriminations: pourquoi ne pas refuser aux femmes voilées l’entrée dans les services publics? Après tout, pour paraphraser le tribunal administratif de Nice, les préfectures “[…] ne constituent pas un lieu adéquat pour exprimer de façon ostentatoire ses convictions religieuses”. C’est du bon sens ma bonne dame.
  • Les Français-E-s musulman-E-s dit-E-s modéré-E-s vont se sentir persécuté-E-s et leurs enfants adolescents rebelles vont croire reconnaître en la France une ennemie, lorgnant du côté obscur du web pour s’y trouver une affiliation plus “Arab-friendly”.

Par contre, les buts semi-affichés / fuités de Daech seront atteints: cette fragile coexistence interconfessionnelle va voler en éclat, le choc des civilisations pourra bien avoir lieu.

Alors, pour éviter tout ça, me direz-vous, pourquoi ne pas rediriger nos efforts vers le support des femmes victimes de violences conjugales, vers l’intégration des familles immigrées coincées dans leurs tours-ghettos (en organisant des apéros sans alcool ni saucisson, suffisait d’y penser !), etc ? Parce qu’évidemment, un petit arrêté municipal coûte moins cher et rapporte plus électoralement.

Vu de l’étranger (j’y vis serein), ne vous y trompez pas: avec cette affaire la France sent l’intolérance rance, et les Lumières semblent s’y être éteintes depuis bien longtemps. J’ai horreur des religions (elles me le rendent bien), mais l’idée que mon pays natal se gargarise de son progressisme en laissant émerger une guerre civile de religions me hérisse encore plus le poil.

Priez avec moi pour que le Conseil d’État nous / vous remette dans le Droit chemin.

Amen.